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lundi 18 mai 2015

NAPLES, LA LIQUÉFACTION DU SANG DE SAN GENNARO ET LA PROCESSION DES SAINTS PATRONS.

À NAPLES LE 2 MAI PASSÉ, LES NAPOLITAINS ONT PARTICIPÉ À LA PROCESSION, CÉLÉBRANT LA LIQUÉFACTION DU SANG DE LEUR SAINT PROTECTEUR ET HONORANT AINSI LES SEIZE PATRONS DE LEUR VILLE

FOI ET CULTES ANTIQUES DANS LA CAPITALE DU BAROQUE EUROPÉEN

D'après:

Trois fois dans l’année, le samedi précédant le premier dimanche du mois de mai, puis le 19 octobre, et enfin le 16 décembre, les fidèles se rendent au Duomo pour assister au miracle de la liquéfaction du sang de San Gennaro, pendant une cérémonie religieuse solennelle dirigée par l’archevêque de Naples. C’est un rite qui remonte à la nuit des temps et auquel il est impossible de renoncer. C’est en mai, mois ô combien évocateur pour les chrétiens, puisque c’est le mois de la Vierge, pour le tourisme aussi, quand des milliers de touristes visitent gratuitement les monuments de la ville grâce à l’initiative « le Mai des Monuments », que se produit la liquéfaction du sang du Saint Patron, honoré lors d’une procession à travers la ville, et accompagné des autres Saints Patrons de Naples, au nombre de 16.
Les Saints Patrons parténopéens sont au nombre de 52, constituant un fait sans précédent et plaçant Naples en première place devant Venise, qui, elle, en compte 25. Parmi les Saints qui se suivent en procession, nous ne citerons que Sainte Irène, Sainte Maria Egiziaca, Sainte Restituta, Sainte Rita, Sainte Chiara, Sainte Patricia (dont le sang se liquéfie au couvent de San Gregorio Armeno toutes les semaines, Sainte marie-Madeleine pénitente, Sainte Anne, Sainte Thérèse d’Avila, et Sainte Lucie.
Il est facile de les confondre.

                                                     Diaporama A. Tortora

Il s’agit d’un moment-clé pour la ville, parce que tout d’abord, le public attend la liquéfaction du sang avec impatience. Cet événement s’est produit sous Constantin Premier, et il a fait l’objet de chroniques depuis 1389, particulièrement dans le Chronicum Siculum. Puis, c’est le moment où les liens entre la ville et son Saint Protecteur s’intensifient, et San Gennaro représente la continuité idéale avec la Sirène Parténope, fondatrice et reine de la ville, de même que San Gennaro se situe en droit fil avec le mage Virgile, qui était aussi écrivain et qui a décrit dans ses œuvres les miracles opérés pour défendre la ville de toutes les calamités qui l’assaillaient. C’est ce qui ressort à la lecture d’œuvres postérieures, des écrits médiévaux, en particulier d’après « Croniche de la inclita cità di Napule », plus connue sous le nom de Chronique de Parténope.
Depuis ce temps, et jusqu’au milieu des années 1900, la procession était d’une longueur plus suggestives et les prélats et cardinaux, aux chapeaux recouverts de couronnes de fleurs, proposaient à nouveau le plus ancien rituel processionnel païen et antérieur au christianisme ; de nos jours, seules, quelques fidèles âgées jettent des pétales de fleurs, surtout de roses, qui rappellent la couleur carmin du sang, ou sinon, elles jettent des guirlandes ou des couronnes de papier coloré, comme dans un carnaval. Les fidèles et les dévôts accourent de toute leur foi éclatante et véritable, intimant au Saint, d’une manière confidentielle, de faire le miracle  pour ne pas encourir la vindicte populaire. Les parentes du Saint constituaient, et constituent encore, l’aiguillon et le stimulus populaire avec des prières, des litanies et des gesticulations qui vont crescendo et saturées de violence verbale (faccia ngialluta : c’est ainsi qu’on appelle le Saint à Naples), pour obliger le Saint à transformer la substance miraculeuse, le siège de la vie, en la faisant passer de solide à liquide.

Préparation de l'Archiconfraternité, photo A. Tortora


Ici, le mythe de régénération émerge d’un substrat de voix, antiques et perdues dans la nuit des temps, dominées par les émotions, arcanes semblables aux sceaux magiques, et qui font que les dames âgées, aux visages marqués et ridés par le temps, reprennent de la vigueur en se projetant quasiment dans une jeunesse éternelle. Du souvenir des menstruations juvéniles au renouveau passionné provoqué par un homme qui, volontairement ou non saigne comme une femme.
Mythe androgyne et archétypal immanent dans de nombreuses cultures et traditions antiques, mais aussi fruit d’une sagesse alchimique ancienne, qui prévoit des rythmes sonores et des scansions temporelles pour la réalisation de la dite « Ouverture de la matière », prélude au Grand Œuvre.
Il y a eu tant et tant de débats, d’études, de livres sur le miracle de San Gennaro, mais la théorie du Professeur Vicenze Vitagliano, il y a 25 ans de cela concernant le phénomène thixotropique, c’est à dire la capacité d’une substance à changer d’état dans des conditions déterminées. Cette théorie a été présentée à nouveau dans un article publié dans la revue « Nature », sous les signatures de Luigi Garlaschelli, Franco Ramccini et Sergio Della Sala sous le titre : » A thixotropic mixture like the blood of Saint Januarius »
Voir :
pour plus de précisions

Earth and fire, actualités volcaniques


Cette théorie nous dit que ce qui se passe se produit au-delà de tout doute raisonnable, de la même façon qu’il y a des siècles et des siècles.
Après la liquéfaction du sang et la présentation des Saints Patrons aux fidèles, à l’Archiconfraternité et aux simples curieux, sur le parvis du Duomo, la procession débute, menée par le cardinal Crescenzio Sepe et par l’évêque Monseigneur Vincenzo de Gregorio et par les membre de la Deputazione Eccellentissima laïque de la Chapelle Royale du Trésor de San Gennaro, qui est la gestionnaire privilégiée des reliques sacrées.
Le rituel est ancien, même s’il a perdu cette fascination qu’il provoquait dans les années 1600, quand il s’enrichissait de la fête des lumières, avec des décors d’arcades et du théâtre où des épisodes de la vie du saint étaient données en représentation, avec les chandeliers et les cornes d’abondance, puis à la fin, les chants des sopranes.
Cependant, bien qu’il ait été simplifié, le rituel est minutieusement observé, et il représente une foi ensevelie dans le même tissu anthropologique composé par la ville et ses habitants, qui, en cette unique occasion, voient les hiérarchies ecclésiastiques, les saints protecteurs, les reliques et l’ampoule contenant le sang, désormais liquéfié et agité de vaguelettes, atteignant cette dimension humaine peu évidente, presque cachée, et qui, à cette occasion se révèle. De sorte que, pendant le parcours, qui commence Via Duomo, pour rejoindre la Basilique de Santa Chiara, en passant par le Decumano Superiore antique, on assiste à des scènes inhabituelles et émouvantes qui illustre le rapport profond et ancestral qui unit la ville à la foi.
Il y a trois arrêts codifiés : près de San Giorgio Maggiore, Santa Maria Egiziaca et Santissima Annunziata Maggiore, ou les trois communautés paroissiales accueillent les plus hautes autorités ecclésiastiques et San Gennaro en même temps, avec tous les participants à la procession. Mais il y a aussi des arrêts imprévus, spontanés, pendant lesquels le cardinal rompt le protocole et se retourne en toute confiance vers les passants imprécateurs devenus subitement tranquilles, ou vers ces parents qui demandent une bénédiction pour un nouveau-né porté dans leurs bras, ou encore vers ces personnes très âgées .
On sentait la tension émotive, la rage et le désespoir d’un peuple souffrant et ignoré lentement se liquéfier pour laisser la place à un sourire, comme celui que l’on fait lorsque l’on reçoit une visite agréable et inattendue.
Nous avons tout observé et documenté à quelques centimètres, nous pouvons dire que, de la tête de la procession aux petites rues étroites, en nous promenant parmi des dizaines de milliers de personnes, citadins, curieux et touristes qui profitaient de la magnifique journée, des musées ouverts, des initiatives innombrables en cours dans tout le centre historique, et nous avons vu la stupeur et l’émerveillement des gens qui, au-delà de la foi, étaient les protagonistes d’un événement prodigieux, qui, en toute honnêteté, n’existe nulle part ailleurs en Europe.
En 1965, les sources ecclésiastiques parlaient d’un  « prodige » laïc et non du miracle  « sacré », montrant la prudence habituelle du Vatican. Puis ces autorités ont déclaré le culte de San Gennaro « local et facultatif », et les Napolitains ont ressenti l’absurdité et l’offense de ces paroles, à tel point que certains ont écrit sur les murs « San Gennà futtatenne » (« Saint Janvier, fous-t’en »). Si on observe bien, on peut trouver certaines de ces inscriptions.
On peut prendre le temps de réfléchir sur le fait que San Gennaro est un Saint Patron qui, à travers le déchiffrage du comportement de son liquide hématique, a prédit les pestes et les révolutions, la mort des archevêques, les guerres, les inondations et les éruptions du Vésuve, selon Vittorio Paliotti ; San Gennaro est vénéré à New York, dans cette Little Italy où tous les Italiens, d’origine napolitaine ou non, le fêtent.
Le phénomène devrait être étudié à fond car il s’agit d’une tradition qui ne peut pas et qui ne doit pas disparaître, surtout dans notre époque de mondialisation rustre ou tout devient hybride et dénaturé des significations les plus profondes, ou tout prend un sens postiche, extérieur à la culture autochtone et artificiel à tout le moins.
Au-delà de la fois et des émotions que la participation à ce type de rituel provoque, nous devons observer, en tant qu’amateurs d’anthropologie culturelle et en tant qu’étudiants de l’histoire de notre patrie, que le culte de San Gennaro compte parmi les cultes les plus anciens, et à ce titre, témoigne d’images issues du passé le plus ancien, des catacombes au duché byzantin ; donc sa répétition égale et constante dans le temps justifie et renforce un sentiment d’appartenance profonde à un territoire, capable de se protéger lui-même et de conserver ses traditions plus ou moins intactes : chose rarissime de nos jours.

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