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dimanche 19 avril 2015

ART BAROQUE ET MIRACLES À SAN GREGORIO ARMENO


Naples: Art baroque et histoire religieuse


L’ÉGLISE DE SAN GREGORIO ARMENO (OU ENCORE SAN BIAGIO MAGGIORE) SE TROUVE DANS LA RUE DU MÊME NOM DANS LE CENTRE HISTORIQUE DE NAPLES, QUI REÇOIT DES MILLIERS DE TOURISTES TOUS LES JOURS ET L’ÉGLISE RECÈLE UN MIRACLE CONNU DE PEU DE PERSONNES.


Située dans la célébrissime via dei presepi (Rue des crèches, la fabrique de crèches étant un art traditionnel napolitain), l’église de San Gregorio Armeno est un superbe exemple d’architecture baroque napolitaine. L’église est aussi connue sous le nom d’église de Sainte Patricia.
L’église – La première pierre de cet édifice imposant fut posée en 930 mais son aspect actuel remonte au XVIIème siècle. Comme pour toutes les autres églises de Naples, l’oeil est sollicité dès l’entrée: la coupole majestueuse appelle le regard des visiteurs, grâce à la peinture de Luca Giordano, “La gloire de San Gregorio”, qui recouvre le plafond à caissons, construit en 1580 par le peintre flamand Teodoro d’Errico. 




Le miracle de Sainte Patricia – Les reliques de la Sainte sont réunies dans un reliquaire remarquable d’or et d’argent, posé dans la cinquième chapelle à droite de la nef. Le culte de Sainte Patricia remonte à loin: il était déjà connu au XIIème siècle, pour l’exsudation de la manne qui se serait produite à partir des parois du sépulcre. Puis, la liquéfaction du sang s’est produite à plusieurs reprises. Si on compare avec les cérémonies commémorant le saint patron de Naples, Gennaro, le miracle de Sainte Patricia ne se produit pas à un rythme aussi précis: en fait, ce miracle a eu lieu à des années et des époques différentes, et avec une certaine régularité les mardis et les 25 août, fête des Patricia. Mais ces événements ne s’arrêtent pas là: dans l’église de San Gregorio, pardon de Sainte Patricia, il y aurait eu aussi des liquéfactions célèbres: celle de San Giovanni Battista (le 29 août, et parfois le 24 juin) et de San Pantaleone (le dernier événement se serait produit le 27 juin 1950).



Le cloître  - Après avoir visité l’église en elle-même, nous conseillons d’aller faire une promenade dans les jardins du cloître, qui se trouve à l’extérieur de l’église sur la via San Gregorio Armeno, où les visiteurs pourront voir la passerelle en hauteur qui rejoint les deux couvents. De là, on accède au cloître et au couvent. Remarquer les archives extrêmement riches qui s’y trouvent. Au milieu des jardins, on admirera une grande fontaine baroque faite de marbre et flanquée de deux statues du XVIIIème, représentant le Christ et la Samaritaine.




Une visite à San Gregorio Armeno permet ainsi de faire une pierre deux coups: d’un côté voici le quotidien chaotique des petites rues remplies de touristes à la recherche de crèches et de santons; de l’autre , au contraire, la tranquillité religieuse du cloître et la beauté éclatante de l’église.




D'après Eventi Napoli
http://eventinapoli.com/vivere-napoli/passeggiate/item/barocco-e-miracoli-a-san-gregorio-armeno
POur aller plus loin:
http://www.bellanapoli.fr/decouvrir/figures-napolitaines/figures-populaires/santa-patrizia/
https://lesdoublesviesdepompei.wordpress.com/2014/09/11/la-liquefaction-du-sang-de-san-gennaro-suite/

mardi 7 avril 2015

LA PASTIERA NAPOLITAINE, UN DESSERT AUX SAVEURS MYTHOLOGIQUES


La pastiera napolitaine est un dessert servi à Pâques

LA PASTIERA EST UN DESSERT TYPIQUEMENT NAPOLITAIN SERVI À PÂQUES EN CAMPANIE. LABELLISÉ DANS LA CATÉGORIE “PRODUIT AGROALIMENTAIRE TRADITIONNEL DE CAMPANIE”. AVEC LE CASATIELLO, C’EST LE METS PRÉSENT SUR LA TABLE DU DÉJEUNER DU DIMANCHE DE PÂQUES.

la pastiera: suorevisitazione.it



La pastiera est un gâteau avec une pâte sablée farcie d’une préparation à base de ricotta, de sucre, d’oeufs, de blé bouilli dans du lait et des arômes suivants, figurant dans la recette classique: cannelle, fruits confits et écorces d’oranges.
Les Napolitaines la font uniquement le jeudi saint (quand la soupe de moules est au menu au dîner), ou le jour suivant, mais on peut le trouver aussi dans toutes les pâtisseries de la ville.

La pastiera: origines mythologiques

La pastiera et Parténope – Une légende parle de la pastiera et de la sirène la plus célèbre de Naples. Ce dessert vient en fait d’usages païens et des offrandes votives pour le printemps. La légende semble être liée au culte de Cérès, déesse de la terre et de la fertilité, dont les prêtresses portaient un oeuf en procession. En fait, dans les allégories classiques, l’oeuf est symbole de renaissance et ce symbole a été repris par la tradition chrétienne. C’est précisément dans les couvents des divers ordres chrétiens que la recette fut perfectionnée, pour arriver jusqu’à nous sous sa forme actuelle, à l’instar de ce qui s’est passé pour la “Santa Rosa” au couvent de Furore. Ce sont les soeurs du Couvent de San Gregorio Armeno qui ont conçu une recette particulièrement célèbre. Pour ce qui est du lien entre la pastiera et la sirène, la légende dit que, un beau jour, les habitants de la ville ont décidé de faire des offrandes à la sirène, après avoir entendu l’un de ses chants doux et mélodieux. Pour la remercier, sept jolies fillettes furent chargées de lui remettre des dons de la nature: de la farine, de la ricotta, des oeufs, du blé, de l’eau de fleurs d’oranger, des épices et du sucre. La sirène remit ces offrandes aux dieux, qui, mélangeant “divinement” ces ingrédients, les lui rendirent sous forme de pastiera. À l’instar du Casatiello*, la pastiera figure dans la “Gatta Cenerentola” de Giambattista Basile, l’une des fables du Pentamerone**.

Le livre du Pentamerone, openlibrary.org
D'après "Il Mattino" du 05/04/2015

*casatiello: brioche de Pâques, généreusement farcie
** Pentamerone: recueil de contes édités de 1634 à 1636, antérieur aux contes de Perrault et de Grimm.


Pour aller plus loin...

http://forumromain.canalblog.com/archives/2010/08/13/18802027.html

lundi 30 mars 2015

Naples, son saint protecteur et le pape François

Naples et San Gennaro, son saint protecteur

Dans la cathédrale de Naples, ou Duomo, est conservée une ampoule contenant quelques millilitres du sang du saint protecteur de la ville, San Gennaro. Ce liquide a la curieuse faculté de se liquéfier trois fois par an, pour des raisons inconnues. L'ampoule est visible lors des messes et des visites du Duomo. De même que l'on peut y voir le trésor de San Gennaro, une magnifique exposition d'objets précieux cultuels.
Voici ce qui s'est passé au Duomo lors de la visite du pape François à Naples, il y a quelques jours: sous les yeux du pontife, le liquide s'est partiellement liquéfié. Le journal "Il Mattino" a contacté le professeur Pierluigi Baima Bollone et a essayé d'en savoir plus:

D'après "Il Mattino" de dimanche 22/03/2015.

La liquéfaction du sang de San Gennaro: “Aucune preuve scientifique, un événement inexplicable”


ansa.it


Pierluigi Baima Bollone, professeur à l'Université de Turin et spécialiste du Saint- Suaire, donne des explications

Pierluigi Baima Bollone enseigne la médecine légale à l’université de Turin et est connu dans le monde entier pour avoir mené des études très poussées sur le Saint Suaire (le professeur Bollone est président honoraire du Centre international d’études sur le Saint Suaire), ainsi que sur le liquide contenu dans l’ampoule exposée au Duomo de Naples, c’est à dire l’ampoule de sang de San Gennaro. D’autre part, son intérêt s’est toujours porté sur les traces hématiques présentes sur le suaire, comme le montrent les dizaines de publications qu'il a signées. Nous l’avons joint au téléphone, peu de temps après la liquéfaction partielle du sang de San Gennaro au Duomo, sous les yeux du pape François, événement qui a été salué comme un prodige, et qui eut un précédent unique, en 1848, en présence de Pie IX.


raitv.it


Professeur, est-ce un signe positif pour le pape François et pour Naples?
“ Cela me plaît, qu’en présence de personnalités importantes, le sang se soit liquéfié. J’étais présent quand le pape Jean-Paul II était au Duomo et que le sang ne s’était pas liquéfié, et aussi en 2007, lorsqu’en présence du pape Ratzinger, il ne s’était pas liquéfié non plus, bien que le pontife ait prié pour que cela se produise. Je ne pense pas que les deux pontifes s’en soient trouvés bien, mais le pape François, lui, était très content.



agi.it


D’après vous, c’est un signal positif?
“L’année 1848 n’a pas été une année heureuse, il y avait beaucoup d’insurrections dans de nombreuses régions d’Europe. Puis, il me semble qu’il y a eu un précédent imprévu, sans que ce soit en présence d’un pape, c’était en 1799, une autre année funeste pour Naples”.


Alors, faut-il s’en inquiéter?
“Je crois que plutôt que penser à cette liquéfaction partielle, nous devrions chercher à comprendre pleinement la signification des messages que le pape François destine à notre conscience. En tout cas, si cela fait plaisir au pape François, ça me fait plaisir aussi. Je le dis avec sincérité et respect”.



tg24.sky.it


Vous avez étudié le miracle de San Gennaro en appliquant des méthodes scientifiques, peut-on dire alors qu’il y a eu un miracle aussi hier?
“Regardez, j’ai fait des recherches il y a des années, j’ai aussi écrit un livre, intitulé San Gennaro et la science, et j’ai prouvé sans l’ombre d’un doute que le liquide contenu dans l’ampoule possédait les propriétés spectroscopiques du sang, mais on ne peut ni briser ni crever l’ampoule. Si nous l’ouvrions, nous pourrions faire des recherches supplémentaires, mais nous endommagerions le contenu d’une manière irréparable”.


Professeur Pierluigi Baima Bollone, la stampa.it


Donc la science n’a pas la certitude que cette fois, il y a eu un miracle?
“Nous restons des spectateurs attentifs et stupéfaits d’un événement hors du commun”.

Un miracle, c’est vraiment un événement hors du commun.
“Si seulement nous pouvions ouvrir l'ampoule et étudier un échantillon de ce liquide…”.

Mais ce qu’il y a dans l’ampoule, c’est du sang, oui ou non?
“Son comportement spectroscopique correspond à celui du sang, cela veut dire que c’est du sang. Ou, au moins, que ce liquide se comporte comme du sang. Nous parlons d’un liquide d’un volume de quelques dixièmes de millilitre”.

En somme, vous aussi vous croyez au miracle de la liquéfaction du sang?
“Il n’y aurait rien de contradictoire, la science aussi peut croire aux miracles, si le scientifique est un croyant”.

Et vous êtes croyant?
“Je ne suis pas un incroyant”.
J’ai la sensation que vous ne voulez pas vous prononcer d’une manière définitive à ce sujet.
“Vous vous trompez. Tout pousse à croire que le liquide contenu dans l’ampoule, c’est du sang, et que donc, il se liquéfie d’une manière imprévisible scientifiquement parlant, et donc, en fonction de facteurs inconnus".

Donc, vous aussi, qui avez étudié ce prodige, vous croyez au miracle de San Gennaro.
“Ce n’est pas un miracle, c’est un fait inexplicable”.
Par Ugo Cundari
Il Mattino, dimanche 22 mars


POUR EN SAVOIR PLUS: Lire les articles “Spécial Pape Francis” dans Il Mattino

Consulter aussi:
https://www.cicap.org/piemonte/cicap.php?
section=articoli&tipo=articolo&tema=sindone&nome=6_sindone_vocebollone
http://ricerca.repubblica.it/ricerca/repubblica?query=pierluigi+baima+bollone&view=repubblica&ref=HRHS

dimanche 15 mars 2015

Dans le métro de Naples, découverte archéologique exceptionnelle

Métro de Naples Deux navires romains découverts


Vendredi 13 mars, à 16h30, au siège de l'Orientale sis au Palazzo Corigliano (12, piazza San Domenico Maggiore), Giulia Boetto (du CNRS, centre Camille Jullian) a animé une rencontre sur le thème: "l'Archéologie navale à Naples: découvertes nouvelles et anciennes dans les fouilles du métro", dans le cadre des séminaires intitulés "Archéologie maritime", organisés par Chiara Zazzaro.


Centre Camille Jullian, CNRS

Giulia Boetto étudie et commente cette découverte

Giulia Boetto est spécialiste en architecture navale antique et elle collabore avec la Direction de Naples pour l'étude des navires romains découverts lors des travaux d'excavation du métro, et ce, depuis 2004.

Parmi les découvertes importantes datant de fin 2014 dans le chantier de la piazza Municipio, Boetto explique que: " des deux navires, l'un est mieux conservé que l'autre; il présente une proue construite en miroir par rapport à la proue du deuxième, donc, ces vestiges appartenaient à la même famille, comme les navires découverts en 2004".



Centre Camille Jullian, CNRS

C'est une découverte archéologique d'importance parce que "trouver des vestiges romains est exceptionnel, mais découvrir des navires bien conservés est encore plus rare, mais trouver deux navires appartenant à la même famille est incroyable".


costruirespa.it


Les deux navires en question remontent à la fin du premier siècle après J. C., et c'était probablement des navires de service portuaire.


Centre Camille Jullian, CNRS


Pour aller plus loin...
http://ccj.cnrs.fr/spip.php?article832
Pour celles et ceux qui lisent l'italien:
http://oltre-la-notte.blogspot.fr/2015/01/il-sottosuolo-di-napoli.html

dimanche 1 mars 2015

Promenade anthropologique au Castel San Elmo avec Antonio Tortora

Castel Sant'Elmo, Vomero, promenade anthropologique

Au Castel Sant'Elmo, promenade anthropologique avec Antonio Tortora et Mario Zifarelli, de Janus à Tommaso Campanella






Dans cet endroit splendide, fortifié et panoramique, avec Mario Zifarelli nous avons pris quelques photos intéressantes pour l’exposition intitulée “Naples révélée” et on ne peut occulter le fait qu’il s’agit d’un lieu d’une extrême importance, d’un point de vue historique, architectural et ésotérique.
Le plan étoilé du Castel Sant’Elmo s’élève sur un emplacement très symbolique, où, tout en fusionnant la terre avec le ciel et la cité avec la sphère métaphysique, l’ancien Patulcius devenu Paturcium, était consacré à Janus, la divinité romaine bicéphale, dont chose rare, voire unique, on ne trouve aucun équivalent dans le panthéon grec. C’est pourquoi cette divinité était un mystère, même pour les érudits antiques. Il s’agit d’une des plus anciennes divinités du culte romain, elle existait dans les calendriers les plus archaïques, démontrant ainsi l’importance que les Romains accordaient à un endroit qui représentait une surface de “contact” énergétique entre la terre et le ciel, entre l’énergie tellurique et l’énergie cosmique; un véritable centre spirituel. Pour qui sait observer, Janus ouvre et ferme les portes des solstices encore aujourd’hui.
Mais retournons aux photos; les sujets qui nous ont le plus frappé, entre autres, sont le blason en pierre de Charles V, avec son aigle bicéphale puissant et extraordinaire, gravé sur la porte d’entrée, à laquelle on accédait par un pont-levis, à un moment; le tout à proximité de la “Grotte de l’Ermite”, constellée de croix de pénitence, gravées dans les murs. Et ce qui a aussi attiré notre attention, c’est la chapelle, à partir de laquelle on accédait aux cellules où le dominicain calabrais Tommaso Campanella, emprisonné au moins cinq fois par l’Inquisition et condamné à une dure peine de prison, a écrit divers ouvrages, parmi lesquels figure la Città del Sole. Certains de ses écrits ont pu rejoindre l’extérieur des murailles fortifiées et sortir du secret dans lequel il a été confiné pendant des années, grâce à ses disciples fidèles et courageux, Tobias Adami et Wilhelm Wense, terminant entre les mains justes de Valentin Andreae, fondateur de la Rose-Croix; puis, ces écrits passèrent à Giordano Bruno, aux doctrines rosicruciennes et à toutes les tendances, utopistes et libres-penseurs, qui se sont dépensés sans compter et qui se dépenseront sans compter pour réformer le monde de la politique, de la culture et de la société.

“Ils disent qu’on se demande si le monde fut créé à partir de rien, ou à partir des ruines d’autres mondes, ou à partir du chaos; mais quelle que soit de quoi il a été fait, son existence est certaine” (extrait de la Città del Sole de Tommaso Campanella)”.

D'après ESCURSIONE ANTROPOLOGICA DI ANTONIO TORTORA A SAN MARTINO (CASTEL SANT'ELMO) CON FOTO DI MARIO ZIFARELLI.

Pour aller plus loin...
Concernant Tommaso Campanella et la Città del Sole:
Concernant la divinité Janus

Vue de la colline du Vomero de la Via Stendhal, Naples


mardi 24 février 2015

Naples, son métro, ses problèmes

Le métro de Naples: tout l'art du monde ne peut compenser ses faiblesses

Le métro, l'art et le superflu
Napoliunplugged

De temps en temps, dressons le bilan des ennuis que les trains de la ligne 1 du métro de Naples génèrent, la fameuse ligne qui compte les belles stations artistiques que l’Europe des esthètes nous envie. Quand on n’y va pas pour prendre le train, on est fier de ces stations. 
Le dernier black out fut un cauchemar. Pendant d’interminables minutes, les voyageurs furent coincés dans les voitures entre les arrêts Università et Toledo, celles où il y a des couleurs stupéfiantes imaginées par les maîtres de l’art, puis contraints de faire à pied le trajet dans les tunnels, comme dans l’un des films catastrophes bien connus des années soixante dix, au siècle passé.

Napoliunplugged

Si nous voulions dresser la liste des ennuis quotidiens dûs au métro, nous en remplirions un rosaire qui obligerait les saints du paradis à se boucher les oreilles, ce serait plus des invectives que des prières. Déjà, la fréquence ordinaire des trains correspond à celle d’une métropole orientale. Les transports sont insuffisants, se défend la direction. Et les coupures. En somme, la gesticulation habituelle qui fait rire tous les diables de l’enfer. 

Deezen
Et on parle d’un système fragile, où juste une pincée de sel en trop suffit à faire tourner la soupe. Un orage moyennement violent, et le déluge universel s’abat sur les baies vitrées de la toute nouvelle station de la place Garibaldi. Un pic de tension, et le trafic est paralysé. L’attente se prolonge, les rendez-vous sautent et la journée est fichue.

Pourtant, ce sont les plus belles stations d’Europe. Où, répliquent les hargneux, si tu dois prendre un billet samedi soir, tu pourras attendre dans la file devant l’unique distributeur pendant plus de vingt minutes, tant la queue est longue. Et ce sont les stations qui ont fini dans le palmarès des travaux d’architecture les plus prestigieux. Oui, s’obstinent les éternels relous, mais vous avez vu à quoi sont réduits les travaux extérieurs (et quelques travaux à l’intérieur) dans des stations comme Materdei et Salvator Rosa? 

Metronapolikarimrashid


À Naples, tu peux apprendre l’art, mais ne prends pas le métro, reste sur le banc et admire l’art, pianotant sur le smartphone qui n’a pas de réseau et qui ne t’aide pas à  tromper l’attente infinie, et, si tu as déjà voyagé un peu en simple touriste, tu en viens à jalouser ces métropoles européennes exagérément anonymes, où, si tu rates un train malencontreusement, tu risques d’attendre, si tu n’as pas de chance, deux minutes (et, le soir, au maximum quatre) Ce sont des métro construits pour ceux qui s’en servent: c’est à dire ceux qui se déplacent en ville.

Ils disent (et nous le répétons nous aussi, en nous moquant de nous-mêmes) que les Napolitains préfèrent encore et toujours le superflu. Paradoxe en forme d’aphorisme. Et on nous donne seulement le superflu,  nous refusant obstinément le nécessaire.

D'après Pietro Treccagnoli,"Metro d'arte e l'arte del superfluo".

Métro université, jolijolidesign

lundi 16 février 2015

Street Art à Naples

Street Art à Naples

https://researchblogs.cul.columbia.edu


“Napoli Paint Stories” est un itinéraire au fil du street art et des graffitis dans les avenues et rues de Naples, organisé le 7 février 2015, avec un départ à 14h près de l’Université Orientale dans le Largo San Giovanni Maggiore à Pignatelli.  Tel est le projet qui consiste en une série de visites guidées à la découverte du street art napolitain. C’est une initiative de l’association culturelle “400 ml”, qui, depuis des années, a pour objet de valoriser ce riche patrimoine culturel composé d’art urbain dont le territoire parténopéen est riche.

ekosystem
Pendant la visite, nous aborderons les techniques et les travaux d’artistes étrangers comme Bansky, C215, Zilda, mais aussi d’artistes napolitains et italiens, comme Miedo, Cyop & Kaf, Alice Pasquini, Arp et Zolta: ce sont des artistes qui ont changé les murs parténopéens, citadins ou touristiques, en un itinéraire enchanteur dans la ville, dans la Naples rebelle, libre, celle qui, à travers la créativité et le talent des artistes métropolitains, a le courage d’exprimer son égo et tout son monde intérieur. Un trésor urbain quasiment illégal mais très riche en art, en culture, et qui exerce une fascination absolue.




L’art du graffiti n’est pas seulement un moyen de laisser un message aux passants, mais c'est désormais considéré comme un langage à part entière qui a envahi la publicité, la télévision, le design graphique et les jeux vidéo. Cet art est né du hip-hop, un phénomène social qui est apparu à New York dans les années soixante dix, où la discrimination sociale, les ghettos, les guerres entre bandes ont donné naissance à une série d’expressions urbaines: le rap, la breakdance et l’usage de codes vestimentaires comme les vêtements larges, les bandanas et les chaînes en or. Là s’insère le graffiti hip-hop, une sorte de croisade territoriale. Un symbole qui montre la présence, le contrôle et la domination sur un endroit. Le graffiti est une expression urbaine qui cherche plutôt la renommée, le message principal se compose d’une signature ou d’un tag. Des idées et un spray sont les outils nécessaires pour composer une oeuvre sur un mur de la ville. 
Au début, peindre les murs était un délit pénal, mais c’est devenu un moyen de se moquer des autorités. Ensuite, le writing s’est diffusé dans tous les États-Unis, pour ensuite se développer dans le monde entier, avec des caractéristiques propres à chaque pays. À partir des simples tags, des styles divers et de plus en plus évolués ont fleuri, à tel point que nous pouvons parler de “l’art du writing”  et beaucoup de grapheurs ont réussi à être exposés en galeries. Puis, l'art du graffiti a passé un compromis avec la société et s’est converti en instrument presque légal pour donner libre cours à la créativité et à la rébellion des jeunes.
“J’ai commencé à 4 ans avec des crayons de couleurs, puis j’ai découvert le spray de vernis et l’aérographe, ensuite les techniques d’impression artistiques comme la sérigraphie et les eaux-fortes. Aujourd’hui j’utilise le stylo plastique et des programmes d’art graphique. La seule chose qu’ont en commun tous ces instruments, c’est le besoin continu de créer un monde différent du monde réel, où l’imagination est reine, au-delà des règles physiques ou chimiques. Quand on me demande ce que je fais dans la vie, je réponds que je fais de tout, du moment que ça sert à créer” (Valerio Sarnataro, artiste).
Zilda

Les writers” sont convaincus d’appartenir à une catégorie distincte, en faisant abstraction de la complexité de leurs oeuvres: il font partie des artistes nouveaux. Comme dans l’Antiquité où l’homme préhistorique “graphait” les grottes, aujourd’hui, les writers consomment des bombes sur les murs urbains. Puis, cela a changé, les graffitis en général sont devenus un moyen de communication de masse qui permet de hurler, en silence et à coût zéro, les vérités appartenant à des groupes de personnes. S’exprime une volonté de s’évader, donc en représentant des mondes fantastiques; un désir de colorer, donnant de la vie aux grises cités; un besoin de secouer les consciences humaines et d’interrompre la frénésie du monde, qui court toujours après le temps, grâce à des expressions artistiques empreintes de signification.
Un voyage parmi les murs et les graffitis de Naples, à la découverte de ces oeuvres qui ne finissent pas dans les musées. Murs, maisons et immeubles qui racontent des histoires, mémoire parlante et visuelle de leurs artistes “J’ai approché le street art en marchant simplement dans Naples et en faisant attention à ce qui m’entourait”. Ces paroles de Tommaso Battimiello, artiste, ont un écho logique mais ne peuvent jamais être réduites à un monde, dans lequel “s’attarder” et “observer” sont devenus des gestes compliqués et très rares.
Les graffitis, les stencils, les scènes murales, les peintures, les images sacrées et profanes se détachent sur l’écran et nous obligent à reconnaître ce qui est enfoui sous la torpeur de la routine à Naples.

D’après « Napolipost », article d’Emanuela Scotti



Pour aller plus loin...